Burkina Faso: les trois erreurs de Gilbert Diendéré, chef des putschistes

 Considéré jusqu’ici comme un fin stratège, le général Gilbert Diendéré, qui a pris la tête du Conseil national pour la démocratie (CND), a, sans doute, commis une erreur d’appréciation en s’engageant dans ce qui s’apparente à une aventure sans lendemain.

 » Comment un homme aussi intelligent  que Diendéré a pu se mettre dans cette situation » , se serait interrogé le président guinéen, Alpha Condé. Il n’est pas seul à avoir eu la surprise de découvrir que Diendéré, le tacticien, l’homme qui a  miraculeusement sauvé  le régime de l’ex-président  Blaise Compaoré d’une chute imparable lors des mutineries militaires de 2011,  a pu se tromper sur au moins trois points essentiels. D’abord, en acceptant de devenir le chef des putschistes, l’ancien chef d’état-major particulier de Compaoré a confirmé les soupçons qui faisaient de lui le vrai donneur d’ordres au Régiment de sécurité présidentielle (RSP) lors des trois précédentes tentatives de déstabilisation de la transition. Il s’en était alors toujours défendu allant jusqu’à jouer le médiateur entre le RSP et les autorités en place. Le masque est désormais tombé avec  sa désignation par les militaires du RSP comme chef de la junte. Mais Diendéré et ses camarades du CND ont également commis une deuxième erreur en faisant de la défense du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP, ex-parti au pouvoir)  une des justifications de leur coup d’Etat. Il y a certes quelque chose de discutable dans l’option de la transition de disqualifier des militants du parti de l’ex-chef de l’Etat pour les élections législatives et la présidentielle. Car en démocratie, le vote est l’unique moyen de sanctionner un comportement politique déviant. Mais, il n’appartenait pas au RSP de prendre la défense du CDP. Sauf à apparaître comme son  bras armé. On sait aussi que Fatou Diendéré, l’épouse de Gilbert Diendéré, vice-présidente du CDP, a été recalée pour les législatives. Que Eddie Komboïgo, président du CDP, un des candidats non retenus par le Conseil constitutionnel pour la présidentielle du 11 octobre, est le  beau-frère du général Diendéré.

Les  motivations strictement personnelles de Diendéré

Mais ces raisons strictement  personnelles ne peuvent susciter un coup d’Etat, surtout pas à trois jours du lancement de la campagne pour la présidentielle. En tout cas, ces motivations non officielles, mais connues des milieux informés,  jettent un discrédit total sur l’action entreprise mercredi par les éléments du RSP. La surprise d’Alpha Condé et de bien autres personnes qui connaissent bien Diendéré vient du fait que lui, le grand stratège, se soit engagé dans une action manifestement  sans lendemain. En effet, le CND aura du mal à asseoir son autorité dans le pays par la seule force de la baïonnette alors que la société civile et les partis politiques sont vent débout contre son action. Sur le plan intérieur, l’action des putschistes est fragilisée par son caractère sectaire : ce n’est pas un coup d’Etat concerté de l’armée burkinabé mais un putsch du seul RSP. La neutralité voire le mutisme des autres composantes des forces armées n’est pas signe d’adhésion. Il faut même y voir une forme d’hostilité qui ne peut être ouvertement déclarée, la garde présidentielle de Blaise Compaoré ayant une puissance de feu bien supérieure à celle du reste de l’armée. Il s’y ajoute la condamnation unanime de la communauté internationale. A commencer par la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) puis de l’Union africaine et des bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux. Privés de soutien extérieur, contesté par les syndicats qui ont lancé  dès mercredi un mot d’ordre de grève générale, le CND et son chef n’auront pas les ressources financières nécessaires pour assurer un fonctionnement régulier de l’Etat. Il ne leur reste désormais qu’une alternative : soit ils rétablissent les institutions de la transition en négociant une porte de sortie honorable ; soit ils persistent dans leur aventure. Avec de graves conséquences pour eux-mêmes et le pays qu’ils prétendent sauver d’un  chaos post-électoral imaginaire.

Par Seidik Abba, Rédacteur en chef à Mondafrique après avoir été Chef du Bureau de PANAPRESS à Paris et Rédacteur en chef central à Jeune-Afrique.

 

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