Guinée équatoriale: Société générale mise en cause dans l’affaire des «biens mal acquis»

Le quotidien français Le Monde a révélé dans son édition du 14 janvier que le groupe bancaire français Société Générale aurait joué, via sa filiale en Guinée équatoriale, un «rôle trouble» dans le cadre du transfert en France d’importantes sommes en faveur du fils du président équato-guinéen en exercice, Teodoro Obiang (photo).

 

Selon des documents auxquels Le Monde affirme avoir accédé, la Société générale de banques en Guinée équatoriale (SGBGE) aurait permis le transfert en France de 22 millions d’euro en avril 2006 et de 25 millions d’euros en juin de la même année. «Ces montants étaient destinés à acquérir un jet privé et une résidence à Malibu, pour M. Obiang», indique le journal, précisant que ces découvertes ont été faites par les juges Roger Le Loire et René Grouman, chargés de l’enquête sur les avoirs détenus en France par les familles dirigeantes de la Guinée équatoriale, du Congo-Brazzaville et du Gabon, communément appelée «l’affaire des biens mal acquis».

Dans le cadre de cette affaire, Téodorin Obiang est visé par un mandat d’arrêt.Le Monde rapporte aussi que les enquêteurs travaillant sur cette affaire ont recueilli des témoignages révélant que ces sommes «provenaient notamment de commissions illégales perçues sur le marché du bois » par Teodorin Obiang, qui assure actuellement la fonction de vice-président de la Guinée équatoriale.

D’après les documents que Le Monde affirme avoir pu consulter, «la Société générale a autorisé des conditions de travail très dangereuses pour son personnel expatrié». Le quotidien précise, dans ce cadre, que le directeur général la SGBGE d’août 2007 à novembre 2009, Jean-Marie Navarro, a révélé aux enquêteurs français avoir été soumis à de fortes pressions de la part du clan au pouvoir en Guinée équatoriale, indiquant notamment que l’oncle du président, ministre de la sécurité, «l’a placé en garde à vue durant sept heures», l’accusant d’avoir «organisé un hold-up». «Le manque de respect vis-à-vis d’un membre de la famille Obiang concernant un refus d’exécuter une opération financière était synonyme de prison», aurait déclaré M. Navarro aux enquêteurs.

Pour mieux cerner les responsabilités de la banque, les enquêteurs se sont déplacés dans les locaux parisiens de la Société générale, où ils ont notamment saisi un rapport de l’inspection générale, en date du 19 août 2010, ayant trait à la SGBGE. Il en ressort un bilan désastreux, avec ce commentaire personnel de M. Navarro : «Je rajouterai un climat des affaires pesant avec pour le dirigeant de l’entité des menaces à peine voilées pour sa sécurité s’il s’oppose à la vision locale».

La mission d’audit préconise une cession de la SGBGE à court terme. Quatre ans plus tard, cela n’a pas été réalisé. Et pour cause, selon M. Navarro, car un départ exposerait le personnel expatrié «à des réactions très dangereuses en matière de sécurité».

Contacté par Le Monde, le conseil de M. Obiang, Me Emmanuel Marsigny, conteste cette version des choses: «Je ne vois pas d’éléments probants liés aux prétendues commissions imposées par mon client. En Guinée équatoriale, il est légal pour un fonctionnaire d’être à la tête d’une société privée contractant avec l’Etat». Me Marsigny a aussi assuré que Teodorin Obiang n’entend pas se soustraire à la justice.

Le Monde a indiqué, par ailleurs, que la Société Générale n’a pas souhaité réagir à ses  informations, se réfugiant derrière le secret bancaire.

 

Agence Ecofin

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