L’argent, le salaire, les audits, les députés, les subventions, l’électricité…Mohamed Diaré, ministre des Finances, dit tout !

Dans une interview accordée à Ben Daouda Sylla de la RKS, le ministre d’Etat chargé de l’Economie et des Finances, Mohamed Diaré, revient sur le motif de l’augmentation du prix du carburant à la pompe.

 

Il parle également de la réduction des subventions, le salaire du fonctionnaire, les audits, le traitement salarial des députés, etc.

Pourquoi avez-vous augmenté le prix du carburant à la pompe ?

Le gouvernement a jugé opportun d’augmenter le prix du carburant pour la simple raison que depuis trois ans on a subventionné le prix du carburant à la pompe à hauteur de deux mille milliards de francs guinéens sur les trois ans.

Ça veut dire qu’en principe si on avait un prix de carburant à la pompe qui correspond au prix fixé par la structure des prix, on pouvait gagner deux mille milliards depuis trois ans. Or ces deux mille milliards pouvaient servir à construire des routes, des hôpitaux, des écoles, en tout cas à faire face aux dépenses prioritaires. Nous avons jugé utile qu’il ne faut pas continuer à perdre ces types de  recettes. Parce que les recettes pétrolières sont les plus sûres de nos recettes internes.

On subventionne beaucoup plus les riches que les pauvres. On peut toujours avoir des arguments contraires, mais nous pensons que ça subventionne beaucoup plus les riches que les pauvres et ça fait perdre beaucoup d’argents à l’état, aux finances publiques. Et comme on a des besoins énormes, nous pensons qu’il faut réduire de plus en plus les subventions du budget de l’Etat. Parce que quand vous prenez le budget de l’Etat guinéen, il y a beaucoup de subventions directes et indirectes là-dedans. Le carburant en faisait partie. Le budget qui ne dépasse pas en termes de ressources internes neuf mille cinq cents milliards de francs guinéens. Si vous voyez le nombre de subventions accordées, que ce soit des subventions d’exploitation ou des subventions directes ou indirectes, c’est près de Cinq mille milliards, c’est très énorme. Je pense qu’il faut continuer les réformes et les réflexions pour que ces subventions puissent être réduites et réorientées à d’autres choses. Il y a pleins de poches. Regardez, il y a d’autres poches aussi qui peuvent faire objet de réduction, d’économie et réorientées à d’autres choses, que ce soit sur l’homme, sur la nature.

C’est une bonne approche et c’est un soutien du secteur privé à l’état et d’ailleurs nous nous mettrons dans la dynamique de renforcer le partenariat, le dialogue, la concertation avec le secteur privé.

Est-ce qu’il n’y aura pas de risques de cris quand vous allez continuer à réduire la subvention ?

Il n’y aura pas de risques de cris parce que si par exemple une subvention est accordée à une institution ou à un organe qui en principe n’arrive pas à justifier l’utilisation des subventions antérieures, je pense que si on réduit ou si on coupe cette subvention, ça ne sera que justice rendue. Surtout que la coupe ou la réduction va servir à financer d’autres dépenses prioritaires qui peuvent agir beaucoup plus nettement vite sur la croissance de l’économie.

Toujours le carburant, ça n’a pas eu d’effets sur le transport, sur les prix des produits de premières nécessités ?

Non, l’effet a été très limité parce que c’est juste une augmentation marginale. Je pense que ça va être aussi l’une des réformes que le gouvernement va mener au niveau du ministère du commerce, l’observatoire des prix. Parce qu’ici les gens fixent les prix comme ils veulent, ce n’est pas en fonction de la structure réelle des prix, mais ils fixent le prix comme ils veulent. Je pense que si on essaie de mener des réformes sur ça aussi, on assistera à une réduction généralisée des prix, donc à une maîtrise des prix. Et par conséquent à une baisse de l’inflation. Par ce que l’économie est surfacturée, en fait elle est complètement surfacturée. Et donc nous allons mener des  réformes sur ça aussi pour essayer de mettre les choses à leur juste valeur. On ne veut pas administrer, non on veut mettre les choses à leur juste valeur pour permettre aux populations de vivre décemment.

Ce qui est quand même étonnant, les salaires ne suffisent plus par rapport à l’augmentation fantaisiste des prix des denrées de premières nécessités ?

Il y a un exemple juste à côté de nous, le Sénégal, où le prix du loyer était devenu exorbitant. Le gouvernement était obligé de faire prendre une loi par l’Assemblée pour essayer d’harmoniser, de stabiliser, de baisser même le prix  du loyer. Je pense que les réflexions vont continuer en tout cas en ce qui me concerne principalement sur les prix des denrées de premières nécessités pour que l’on sache si un opérateur augmente son prix , c’est tout à fait normal si c’est lié à la conjoncture économique. Mais si vous importez à un prix X, au lieu d’avoir une marge  bénéficiaire de dix, vous vous voulez avoir une marge de cinquante, je pense que ça va être difficile qu’on se comprenne. Parce que de dix à cinquante, il y a quarante en plus et généralement c’est au détriment de la population.

Monsieur le ministre, pourquoi l’argent se fait rare en Guinée, les gens pleurent…

Mohamed Diaré : Je pense que l’argent ne se fait pas rare en Guinée. Vous savez  que l’argent est créé en fonction des biens et services produits par l’économie. Si la structure de la production interne est faible, l’argent peut se faire rare. Plus vous produisez, plus vous avez des ressources, mais moins vous produisez, vous n’avez pas de ressources. Donc pour que l’argent se fasse beaucoup plus visible, il faut mettre un accent sur la production interne c’est ce que le gouvernement s’attèle à faire en faisant de telle sorte que nous ayons beaucoup plus de mobilisation interne pour faire face aux financements de développement en ce qui concerne l’état.

Faire en sorte que nous mobilisons beaucoup de ressources auprès de nos partenaires techniques et financiers au titre du financement extérieur, améliorer le climat des affaires, rendre la justice équitable, sécuriser les biens des personnes et des investisseurs y compris leurs investissements. Faire en sorte que les   investissements directs étrangers puissent être très élevés en Guinée, c’est ce qui va créer justement des emplois, ce qui va  créer des revenus. Donc ce qui va réduire la pauvreté, c’est ce qui fera que l’argent va se faire voir de plus en plus.

Parce que vous avez des critères qui ne vous permettent pas de voir le degré de circulation fudiciaire au-delà d’un certain niveau. Parce que nous avons opté depuis  fin 2010 à l’exécution du budget  sur base caisse, donc l’endettement du trésor public vis-à-vis de la banque centrale est nul depuis 2011, 2012,2013 et cette politique va continuer. C’est ce qui nous permet justement de faire face au retour à la baisse de l’inflation d’une part, parce que le budget de l’Etat n’est pas financé par la planche à billet. On ne peut pas faire recours à l’émission monétaire, à l’institution qui émet la monnaie, s’il n’y a pas en contrepartie des biens et services produits. Donc je pense qu’il faut qu’on fasse le corollaire beaucoup d’argent en circulation, mais également beaucoup de productions internes.

Pourquoi le salaire perçu par le Guinéen ne lui suffit pas ?    

La problématique du salaire est réelle. Mais je vais vous dire aussi, quand vous prenez tous les avantages que le gouvernement du professeur Alpha Condé a accordé aux fonctionnaires de l’Etat de 2011 jusqu’à maintenant, vous allez voir que si les salaires n’ont pas doublé, c’est proche. On a renoncé à la R.T.S, on a augmenté les salaires, on a   augmenté les primes. Si vous prenez votre salaire au 31 décembre 2010, vous prenez votre salaire au 31 décembre 2013, vous allez voir qu’il y a une augmentation. Au même moment si vous comparez l’inflation au 31 décembre 2010 au 31 décembre 2013, vous allez voir que l’inflation a baissé de 21 à 10,5. Donc qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que le temps que le président de la République a fait ici en tout cas pour les fonctionnaires  a permis d’augmenter le revenu net, le revenu réel du fonctionnaire. Je pense que c’est la dynamique là qu’il faut voir. Sinon effectivement le niveau du salaire globalement est bas, mais la production intérieure aussi est faible, le produit intérieur brut (P.I.B), Cinq à Six milliards de Dollars. Donc pour que l’Etat puisse avoir beaucoup de ressources pour faire face au salaire des fonctionnaires, il faut que l’Etat puisse avoir beaucoup de ressources. Si vous prenez  le niveau des salaires aujourd’hui que vous comparez aux standards internationaux, nous sommes dans la marge parce que la production intérieure est faible et donc le taux de pression fiscale, même s’il est de 18 ; 19 ; 20 %, mais il est comparé au volume de la production intérieure, donc aux Cinq ou aux Six milliards de Dollars.

Pour que les prélèvements fiscaux puissent nous permettre de faire face à beaucoup de choses notamment le niveau adéquat du salaire des fonctionnaires  et faire face à beaucoup de dépenses, il faut faire en sorte que la création de richesses dans le pays augmente. Parce que si vous avez Six milliards de Dollars, vous prélevez 20 % de çà, vous avez un montant X, mais si la production intérieure c’est cinq fois six, donc vous avez trente milliards, 20 % de trente milliards et 20 % de six milliards, même si vous n’êtes pas mathématicien, vous savez qu’il y a un écart important. C’est pourquoi les réformes tendent à mettre l’accent beaucoup plus  sur l’attrait des investissements privés étrangers, sur l’amélioration du climat des affaires pour qu’on puisse avoir une structure de la production interne qui peut impulser le développement.

Nous sommes là-dessus, on est en train d’avancer. Bien sûr il y a des petits cris au niveau du secteur de l’électricité, mais les réformes vont nous permettre de stabiliser tout çà et d’oublier qu’il y avait des coupures en Guinée. Je pense qu’avec le programme de  réforme du secteur de l’énergie et l’appui de nos partenaires, la mise en route du projet Kaléta, progressivement nous allons oublier les délestages de courant électrique  et donc avoir une base solide permettant l’impulsion du développement économique.

À propos du secteur de l’énergie on parle d’une possibilité d’audits…

Ce sont des actions parallèles. Parce qu’on a aussi a recruté un cabinet-conseil qui est en train de voir qu’est ce qui s’est passé entre temps.  Que ce soit le secteur de l’énergie ou ailleurs, partout où l’état met un franc, il faut qu’on ait un regard. Dans tous les cas, moi j’ai demandé à l’inspection générale des finances de me faire un programme de contrôle, de vérification sur l’utilisation des deniers publics. Que ce soit maintenant l’agriculture, l’énergie, les travaux publics, partout, je veux avoir un programme de contrôle à la santé et dans tous les secteurs que nous allons examiner et valider pour voir effectivement si l’argent public a été bien utilisé. Dans mes réformes, je ne resterai pas cloîtré dans mon bureau, même si je ne suis pas technicien, j’irai visiter quelques projets publics par surprise. Parce que quand tu dis aux gens je viens voir le niveau d’avancement des travaux, ils vont se préparer. Je ferai des visites surprises avec toute une équipe de reportage. Et on sait quel est le montant du projet, quels sont les décaissements effectués par rapport au décompte que vous avez présenté et quel est le niveau d’avancement des travaux, quelles sont les difficultés et qu’est ce que vous avez fait de l’argent public. Sur la base de ces visites inopinées, peuvent suivre des inspections approfondies. Nous sommes là pour améliorer les choses, nous sommes là pour satisfaire les besoins des populations comme le président de la République nous l’a demandé, et nous ferons le mieux dans ce sens.

Est-ce que les déguerpis de la route Dapompa-Coya ont été  indemnisés ?

Je les rassure que le gouvernement a pris toutes les dispositions et qu’ils seront indemnisés. Çà je vous le rassure.

Ça crie un peu autour de vous, beaucoup de ministères ou tous les ministères pensent que leurs budgets de fonctionnement sont bloqués, est-ce que c’est maintenant débloqué?

Leurs budgets ne sont pas du tout bloqués. Il faut élaborer un plan d’engagement, un plan de trésorerie validé, tout ça est fait, je pense que les ministères vont commencer à  fonctionner normalement. Mais c’est que cette année sur instruction du chef de l’état, nous allons procéder à des achats groupés pour certains types de matériels et de mobiliers de bureaux. Ce qui nous fera beaucoup d’économies, on évite donc une utilisation abusive des ressources publiques.

30 % de l’énergie produite par Kaléta vont être vendus aux pays membres de l’O.M.V.G, le confirmez-vous ?

C’était un engagement formel pris par la Guinée de faire financer dans un cadre sous-régional le barrage hydroélectrique de Kaléta, mais avec la volonté persistante du chef de l’Etat, le professeur Alpha Condé, de donner vite le courant aux Guinéens, la Guinée a décidé de prendre seule ce projet en main. La chine a financé une bonne partie. En principe c’est 85 % qu’elle devait financer. Mais nous avons dit non, mais nous nous prenons en charge 25 % et vous financer 75 %. Toujours pour rester dans la dynamique sous-régionale, nous utilisons 70 % de cette énergie au plan interne et vendre 30 % aux pays voisins. Donc, c’est un peu la poursuite des engagements pris dans le cadre des projets sous-régionaux par les gouvernements anciens. Mais la particularité au lieu d’attendre des financements sous-régionaux, nous avons essayé de financer nous-mêmes grâce à l’appui, à l’aide de notre amie, la Chine et ce projet verra jour Inch Allah en juin 2015.

Il y a bisbille à l’Assemblée nationale, on parle de prétentions salariales de vingt-cinq millions de francs guinéens par député, par mois…

Non je ne dirai pas des prétentions salariales, vous savez ce sont des relations qui existent entre l’Assemblée nationale et l’Exécutif. La loi organique relative aux lois des finances est très claire là-dessus. Je pense qu’en matière de charges, globalement il y a des discussions qui sont engagées entre  l’Assemblée et le ministre des finances qui représente l’état. Donc nous sommes en train de discuter entre nous globalement du budget à accorder à l’Assemblée. Dans ce budget il y a les salaires. Nous allons avoir un consensus entre l’Exécutif et le Législatif. Donc il n’y a pas bisbille. N’oublier pas qu’au niveau de l’Assemblée il y a plusieurs groupes parlementaires, dont un qui est issu de la majorité et je pense qu’on se comprendra pour le bien et de l’Assemblée et de l’Exécutif par conséquent pour le bien du peuple de Guinée.

Étant l’Exécutif, sur quel chiffre tablez-vous ?

Je ne peux pas répondre à cette question. J’ai reçu une information et nous sommes en train de voir comment donner notre avis par rapport à ça.

Mais monsieur le ministre, vingt-cinq millions de francs guinéens par député et par mois, c’est quand même trop, non ?

Je ne peux pas répondre à cette question. Nous allons l’examiner de notre côté et donner notre point de vue.

Monsieur le ministre, le taux d’inflation avait baissé à 10,3 % et d’un coup est remonté à 10,5 %. Qu’est ce qui explique ça ?

Oui en novembre il était de 10,2 et ensuite a légèrement augmenté en décembre à 10,5. Mais je vais vous rappeler que quand nous avons projeté le taux d’inflation pour 2013, en principe en glissement annuel on devait sortir avec un taux de 10,8 %. Et avec nos amis du fonds monétaire international, on a fait une revue à mi-parcours aux mois de septembre-octobre, et on l’a revu à la baisse mais cette fois-ci à 10,6 % comme taux de sortie en glissement annuel. Nous avons été bien sûr avec toutes les réformes, surpris de façon positive en novembre.  Trois mois successivement on a constaté chaque fois c’est 0,2-0,3 % de baisse jusqu’en novembre.   Mais en décembre comme vous le savez, ce sont les fêtes de fin d’année, c’est Noël, il y a beaucoup de réjouissances. Donc nous avons constaté une accélération des prix sur l’habillement, sur les produits de luxe, en tout cas sur ce qui va dans le sens des festivités.  Ce qui a malheureusement fait passer le taux  d’inflation de 10,2-10,3 en novembre  à 10,5 % en décembre. Nous n’avons pas encore les chiffres de janvier, nous estimons que nous allons reprendre encore la courbe baissière du taux  d’inflation parce que le taux  de change est stabilisé, la différence entre le taux  officiel et le marché parallèle c’est dans une bande de fluctuation de 2 % ou de  moins de 2 %. Le marché international aussi est très dégradant sur le carburant encore moins sur le riz ou sur certaines denrées alimentaires. Et nous commençons à construire aussi des usines de production de farine et de ciments chez nous. Je pense que la combinaison de tous ces facteurs et les réformes qui sont en cours devraient permettre la baisse progressive du taux d’inflation.

Est-ce que l’objectif du taux à un chiffre sera maintenu ?

En tout cas pour 2014, nous planchons sur un objectif de 8,5 % en glissement annuel en fin d’année. Donc effectivement nous avons un objectif d’un chiffre pour 2014.

Interview réalisée par Ben Daouda Sylla (RKS)

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