Quand les banques guinéennes vivent sur le dos des clients

Depuis quelques années, le secteur bancaire guinéen est en expansion. Malgré le fait qu’il participe moins au financement de l’économie nationale, il demeure un moyen de mobilisation et de protection des avoirs des citoyens contre les risques physiques.

 

Contrairement aux pays de la zone de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), l’effort des banques primaires dans le développement économique de la Guinée est minime par rapport au volume des dépôts. Dominées par les capitaux étrangers, les institutions bancaires installées en Guinée font plus de spéculation que de financement des investissements. Le financement à court terme des activités commerciales et les prêts aux taux usuriers aux investisseurs contraint à recourir à leurs services constituent leurs activités principales.

Cette situation s’explique par la genèse de la finance ‘‘capitaliste’’ guinéenne. Née au milieu des années 80 avec l’avènement de la 2ème République, elle a évolué dans un environnement peu réglementé. A l’époque, la Banque Centrale, moins outillée techniquement et peu structurée institutionnellement, ne pouvait pas définir des règles bancaires explicites et cohérentes pour faire des banques primaires le socle de l’émergence d’un secteur privé formel. C’est avec le temps, qu’elle (BCRG) a procédé à des réajustements institutionnels pour rapprocher l’environnement financier local aux normes standard.

Malgré tout, les banques guinéennes, outre la collecte de l’épargne des particuliers, gèrent principalement les opérations des entreprises formelles (nationales et multinationales) et celles des opérateurs économiques en rapport avec l’étranger. Pour les prêts, elles ne les consentent qu’à l’Etat par l’achat des bons du trésor et aux agents économiques possédant des garanties en nature. A bien des égards, les banques primaires guinéennes s’apparentent aux organismes d’hypothèque. Les petites et moyennes entreprises ont peu de chance de voir leurs projets acceptés.

Pour le Guinéen ordinaire, les banques servent uniquement à mettre son argent à l’abri du danger et à faciliter les payements pour certaines opérations. Bref, la banque n’est utile que pour les riches. Effectivement, elles les aident à transférer les avoirs à étranger pour échapper à l’érosion du pouvoir d’achat par l’inflation (qui reste encore à un niveau élevé) ou à se mettre à l’abri de tout risque au regard de la situation politique tendue que connaît la Guinée depuis 2007. Elles facilitent aux multinationales le rapatriement de leurs avoirs. Pour les gros importateurs, l’utilisation du circuit formel (banque) permet d’accéder aux devises de la banque centrale et à régler les fournisseurs étrangers sans trop de peines.

Pour la grande majorité des Guinéens, la banque apparait comme un mal nécessaire. ‘‘On y dépose son argent quand on veut mais on récupère quand on peut’’. Les banques guinéennes pèchent par leur faible participation au financement des projets des jeunes, au développement des PME, par l’application des taux usuriers, par la gestion opaque des contrats d’adhésion des particuliers, etc.

Les petits épargnants se plaignent constamment des désagréments qu’ils subissent de la part de leur banque : frais injustifiés, prélèvements non annoncés ou non expliqués à l’ouverture du compte, attente longue pour les opérations de routine, vol d’espèces par des agents de guichets, recyclage des billets usés, refus des billets sales pour les dépôts sur les comptes en devises, retard dans la délivrance des papiers bancaires, etc.

La plus grande arnaque des banques porte sur les « comptes dormants » sur lesquels la Banque Centrale ne donne aucune information. Ces comptes sont devenus une source privilégiée d’enrichissement des banques primaires en Guinée.

Les ‘‘comptes dormants’’ sont des comptes qui sont restés longtemps inactifs et dont les établissements dépositaires n’arrivent pas à retrouver les titulaires desdits comptes ou leurs ayants-droit pendant une période égale ou supérieure à dix (10) ans.

Cependant, une personne titulaire de plusieurs comptes, s’il mouvemente un seul compte, les comptes restants ne sont plus considérés comme comptes dormants. Dans les pays comme la France, ces « comptes dormants » sont gérés par les Caisses de dépôts.

Au Sénégal par exemple, le ministre de l’Économie et des Finances, Amadou Bâ avait déclaré à l’Assemblée nationale, à l’occasion du vote du projet de loi uniforme relatif au traitement des comptes dormants dans les livres des organismes financiers des États membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), que son pays avait, courant 2013, dénombré près de 4000 comptes créditeurs abandonnés par leurs propriétaires depuis plusieurs années et dont les montants étaient estimés entre 1 et 2 milliards F CFA. L’Etat sénégalais s’apprêtait à récupérer cette somme. Le ministre Guinéen des finances peut-il donner les mêmes informations sur le cas guinéen ? Pas sûr.

En Guinée, il n’existe aucune législation sur ces comptes dormants et les institutions financières se ne donnent aucune peine de les déclarer ou reverser ces sommes à l’Etat via la Banque Centrale. En attendant que les députés fassent une proposition de loi ou que l’Etat introduise un projet de loi relatif à ces comptes, les banques installées en Guinée pourront continuer à intégrer ces sommes dans leurs propres actifs. Vive l’eldorado financière Guinée.

 

Lu sur guinee7

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